Les coordonnées géographiques de Paolo dell’Abbaco (commentaire à Gautier-Dalché, 2011)

J’ai eu le plaisir de lire récemment un article que le professeur Patrick Gautier-Dalché a publié en 2011 sur un manuscrit italien du XIVe siècle avec des coordonnées géographiques.[1] L’auteur du manuscrit était l’astrologue – astronome florentin Paolo dell’Abbaco, peu connu aujourd’hui en dépit d’avoir été à la pointe de son domaine à son époque.

Le manuscrit (BNCF, Magliabechiano XI, 121 ; datant d’environ 1352) contient un tableau avec les coordonnées géographiques d’une cinquantaine de villes de tout le monde connu par les européens du XIVe siècle, des côtes de l’Atlantique jusqu’aux confins de la Chine. Des listes semblables sont nombreuses dans les traités arabes et européens du Moyen Âge, car les coordonnées géographiques étaient nécessaires à des calculs astrologiques comme la prédiction d’éclipses ou les horoscopes.

Ce qui est particulièrement intéressant est que Dell’Abbaco dit avoir obtenu ses coordonnées en faisant des mesures sur un “mappamondo de Maiolica” c’est à dire sur une carte faite à Majorque ou dans le style des cartographes de cette île. La carte aurait pu ressembler à l’Atlas Catalan préservé à la BNF, qui est néanmoins postérieur au manuscrit de Dell’Abbaco. Le travail de Dell’Abbaco nous donne donc un aperçu sur une oeuvre cartographique aujourd’hui perdue et, de plus, nous renseigne sur l’utilisation qu’on faisait de ces cartes au XIVe siècle.

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Les cartes de l’Atlas Catalan de la BNF présentées côte à côte (source).

On lit souvent que les cartes “nautiques” médiévales, comme celles faites à Majorque, ne peuvent servir à mesurer des latitudes ou longitudes car leur processus de construction était complètement étranger à ces conceptions cartographiques. Peut-être. Mais ce qui est certain est que les utilisateurs desdites cartes ne se privaient pas de mesurer sur elles des latitudes et de longitudes, comme en attestent le manuscrit de Dall’Abbaco ainsi que quelques autres déjà étudiés par Gautier-Dalché.

Il y a quelques années j’ai analysé l’évolution de la longitude de la Méditerranée sur un corpus varié d’œuvres cartographiques, aussi bien des cartes comme des listes des coordonnées ou des globes. J’avais alors constaté que certains auteurs arabes médiévales  étaient parvenus à obtenir des coordonnées spectaculairement exactes (en latitude et en longitude) pour les villes du bassin méditerranéen. Ces valeurs coexistaient néanmoins avec d’autres moins exacts sur certaines cartes et traités astronomiques, sans qu’on sache si les lecteurs étaient capables de discerner les vraies valeurs.

J’ai calculé la longitude de la Méditerranée sur le tableau de Paolo dell’Abbaco et trouvé une exactitude correcte mais pas spectaculaire. L’erreur moyen est de 15% (alors que plusieurs auteurs arabes sont à moins de 5% d’erreur) et l’écart type est de 7%. L’exactitude de Dell’Abbaco est comparable à celle des coordonnées du Qanun de al-Biruni, du XIe siècle, ou à celles obtenues par Abu-l Fida au XIVe siècle apparemment en mesurant des distances sur une carte – la même procédure appliquée par notre florentin.

Enfin, un autre aspect fascinant du manuscrit de Dell’Abbaco est qu’il discute l’extension de la partie habitée ou “découverte” de la surface terrestre, qui pour lui va des “isole sperdute” dans l’océan Atlantique (30ºN, 8ºW par rapport à son méridien zéro) jusqu’aux “îles de l’Inde” à 18ºN et 115ºE. Au sud, la limite du monde habité ou connu est la latitude 16ºS, une donnée qui provient de la Géographie de Ptolémée, sans doute via des traducteurs et commentateurs.

Dell’Abbaco étudie la division du monde habité dressée par Ptolémée et ses commentateurs, avec une ligne nord-sud et une autre est-ouest ; et conclut que cette division est inexacte car la ligne est-ouest doit être un grand cercle et non pas un parallèle. Il s’engage alors dans des calculs trigonométriques pour finalement proposer une division plus exacte. Comme le professeur Gautier-Dalché décrit déjà cette façon de diviser le monde en détail dans son article, et qu’une image vaut mieux que mille mots, je vous laisse ci-dessous une représentation visuelle du schéma de Dell’Abbaco.

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Les lignes jaunes sont les trois grands cercles qui limitent le monde connu. La ligne blanche verticale au centre est le méridien qui divise le monde connu en deux moitiés ; elle se sotie à peu près à 36º à l’est de Greenwich. La ligne blanche horizontale est le grand cercle qui divise le monde connu en nord et sud ; elle coupe la ligne nord-sur près d’Antiochie. Ce grand cercle coupe l’équateur à deux points que les cosmographes médiévales appelaient le “vrai occident” et le “vrai orient” (pas visibles sur l’image).
  1. Gautier Dalché, Patrick. “‘Quando Vuoli Travare La Longitudine D’alchuna Citta Da Occidente, Guarda Nel Mappamondo Da Maiolica…’ La Mesure Des Coordonnees Geographiques Selon Paolo dell’Abbaco.” Micrologus XIX (2011): 151–204.

El mapa de Vinlandia fue falsificado sobre un manuscrito robado de la Seo de Zaragoza

Mapa de Vinlandia. Imagen de dominio público cortesía de Wikimedia Commons.

Un investigador escocés podría haber probado por fin, de manera definitiva, que el mapa de Vinlandia es falso. Este famoso mapamundi, que muestra tierras norteamericanas a pesar de estar trazado en un pergamino del siglo XV, ha hecho correr ríos de tinta desde su presentación al público por la Universidad de Yale en 1965. El texto y el trazado del mapa presentan varios anacronismos incompatibles con una fecha de realización tan antigua y, quizás la prueba de falsedad más importante presentada hasta la fecha, varios análisis químicos de la tinta han revelado que probablemente el mapamundi fue dibujado en el siglo XX.

John Paul Floyd, investigador independiente afincado en Glasgow, ha descubierto ahora que los manuscritos medievales con los cuales está encuadernado el mapa fueron expuestos al público en 1892 en la Exposición Histórico-Europea de Madrid. Todo indica que no había ningún mapamundi entre ellos en ese momento, por lo cual se puede concluir que fue dibujado más tarde. El volumen había sido cedido para la exposición por la Seo de Zaragoza, y se da la circunstancia de que en los años 1950 fueron robados de ella cientos de libros y manuscritos antiguos. En 1964 se condenó por este robo al italiano Enzo Ferrajoli, que no es ni más ni menos que la persona que vendió el mapa de Vinlandia en 1957 a un tratante que a su vez se lo vendió a Yale. Nunca se había sabido de dónde lo había sacado Ferrajoli; el hallazgo de Floyd aclara ahora este enigma.

Floyd también ha encontrado indicios en el trazado del mapa que delatan que el falsificador quiso copiar el mapamundi de Andrea Bianco de 1436 pero usó para ello una reproducción publicada en 1782, que presenta pequeñas diferencias con el original. Al menos una de esas diferencias se observa también en el mapa de Vinlandia.

Floyd está terminando un libro, para el que le deseo encuentre rápidamente editor, en el que presentará los resultados detallados de sus pesquisas. Entre tanto me pregunto si las autoridades españolas podrían empezar a reclamarle a la Universidad de Yale la devolución del libro robado de Zaragoza, junto con el “mapa de Vinlandia” dibujado en él.

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